Levée de fonds... et après ?

Posté le
1/1/2022

Une levée de fonds de plusieurs millions d’euros ne s’improvise pas. En amont, le projet a été discuté, amendé et amélioré. « Lorsqu’ils lèvent des fonds , les entrepreneurs nous soumettent un projet stratégique, traduit dans un business plan qu'ils ont vocation à mettre en œuvre », confirme Fanny Picard, fondatrice et dirigeante du fonds à impact Alter Equity. Tout est programmé ou presque, même si les porteurs de projets doivent rester pragmatiques et s’adapter à la réalité en avançant pas à pas.

Mais comment, ensuite, investir les fonds récoltés ? « Impossible de généraliser car chaque cas est particulier. Le plus souvent, les start-up souhaitent investir dans le déploiement commercial, la construction de la marque, la R&D, la tech et les ressources humaines », indique Fanny Picard. Les recrutements sont programmés à l’avance. « Nous avons prévu l’affectation des postes dès le mois de janvier 2021, nous avons embauché un CMO (directeur marketing) au mois d’avril, recruté quelques postes clés pour accélérer et pour que les décisionnaires puissent prendre leurs fonctions afin de constituer leurs équipes », rapporte Sébastien Claeys, CEO de IPaidThat (solution d’automatisation de gestion comptable). Cette start-up a annoncé en septembre dernier avoir levé 8 millions d’euros auprès de Bpifrance, Truffle Capital et Adelie. « En réalité, nous avons clôturé le tour de table au 31 juillet 2021 »,confie Sébastien Claeys. L’objectif ? Être prêts à la rentrée. L’effectif est passé de 20 à 35 salariés à l’automne et devrait atteindre les 40 collaborateurs fin janvier 2022. « Nous avons beaucoup recruté, le budget marketing a été multiplié par dix, nous avons financé nos coûts d’exploitation (mise à jour du SI et certificat d’audit sécurité), ainsi que l’effort à l’international », poursuit le dirigeant d’IPaidThat. Il dit avoir de la chance car son businessa trouvé son marché et les résultats obtenus sont proches des prévisions. Certains entrepreneurs peuvent en revanche être confrontés à des difficultés : rapidité d’évolution dans leur secteur d’activité, difficultés à dénicher les “bons” talents, maîtrise des contraintes liées à leur développement à l’international. La “scalabilité” de leur projet n’est pas toujours aisée à démontrer dans les mois qui suivent le tour de table.

Reporting.

Qu’attendent les investisseurs ? « Des reportings réguliers et des meetings tous les mois ou tous les deux mois », répond Audrey Handem, VC chez Speedinvest, fonds d’investissement européen spécialisé en early-stage. L’objectif de tout investisseur est de sécuriser son investissement en suivant l’utilisation qui en est faite. Le reporting est le document clé : il dresse un état des lieux à comparer avec le budget prévisionnel. L’entreprise doit donc s’organiser pour le fournir. « Au départ, il est important de maîtriser son sujet et donc démonter soi-même son business plan, mais après il faut se faire seconder. C’est pourquoi nous avons recruté un CFO (directeur financier) chargé de produire un reporting financier plus détaillé et de maintenir la documentation à jour », témoigne Sébastien Claeys. Un document de synthèse peut être également fourni tous les trimestres. « Après l’allocation des fonds et afin de limiter le risque de mauvaise gestion de la trésorerie, les contrats d’investissement prévoient des clauses permettant aux investisseurs d’augmenter ultérieurement leur part aux fonds propres, diminuant symétriquement celle des entrepreneurs si des cibles opérationnelles n’ont pas été respectées », rappellent Faÿçal Hafîed, Chakir Rachiq et Guillaume Roulleau dans la note “Capital-risque et développement de start-up françaises” publiée par la Direction générale du trésor (février 2021). Ce qui permet aux investisseurs de vérifier la bonne exécution du plan d’affaires.

Engagements.

Dans la pratique, le plan d’affaires évolue forcément. L’entrepreneur doit donc en informer ses partenaires et expliquer sa vision, en tenant compte du projet initial et de la réaction du marché. Il s’agit ici d’être ni trop borné, ni trop hésitant, mais de savoir orienter sa stratégie. Attention, notamment, à ne pas laisser filer le cash sans réaliser son business plan ou sans l’avoir corrigé. Le pire serait de rompre la confiance. Tout l’art consiste à prendre conseil et à caler une communication fluide. « Nous faisons le point, nous discutons de ce qui va bien et de ce qui ne va pas bien. Nous leur apportons notre aide en livrant de l’information », assure Audrey Handem. Il ne s’agit pas pour les investisseurs d’intervenir, mais de soutenir. Par ailleurs, certains investisseurs peuvent subordonner leur participation à des engagements spécifiques. C’est le cas d’Alter Equity qui exige d’enrichir le plan stratégique d’un volet social et environnemental. « Nous demandons aux entreprises d’adopter un plan d’actions d’une quinzaine de critères, que nous aidons à définir. En particulier, nous avons été le premier fonds d’investissement en France ayant rendu obligatoire pour nos participations de procéder à un bilan carbone, d’ouvrir le capital à l’ensemble des salariés, de conditionner l’accès pour les dirigeants à la partie variable de leur rémunération à de bons résultats et d’organiser un entretien annuel de progrès pour tous les salariés », énumère Fanny Picard. Ce plan d’actions RSE est mis en œuvre tout au long de la durée de l’investissement.

Posté le
1/1/2022

A lire également

Actualites

Les entreprises d'alter equity récompensées par l'Impact 40/120

Six sociétés du portefeuille d'alter equity sont présentes dans le classement Impact 40/120 publié par le Mouvement Impact France et le journal Les Echos.

Tribune

Électricité : « Le défi n'est plus de produire aussi bon marché qu'hier, mais plus compétitif que les fossiles »

La guerre en Iran fait flamber les prix des hydrocarbures et rappelle brutalement l'urgence de la transition énergétique. Mais pour accélérer l'électrification dans l'industrie ou le chauffage, il est crucial de garantir un prix de l'électricité stable et attractif, plaident Alain Grandjean, président de The Other Economy, et Fanny Picard, présidente d'Alter Equity.

Participations

Crédit Agricole Assurances s’associe à Teale pour déployer un programme de prévention en santé mentale au travail auprès des entreprises

Dans le cadre de son offre d’assurances collectives, Crédit Agricole Assurances proposera aux entreprises d’intégrer la solution développée par Teale qui met à disposition des salariés des outils et un accompagnement pour prendre soin de leur santé mentale.

Interviews

Partageons nos valeurs : Les clés pour briser les chaînes (énergétiques) de l'Europe

Ce vendredi 20 mars, Fanny Picard, associée fondatrice d'Alter Equity, s'est penchée sur la dépendance de l'Europe aux énergies fossiles, les solutions pour réduire cette dépendance, et les valeurs à suivre dans la thématique de l'énergie décarbonée, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer.

Actualites

Pour donner leur chance aux créatrices d’entreprise, le capital investissement se féminise

Place aux femmes. En 2020, près de 80% des sociétés de gestion de capital-investissement françaises ont adhéré à une charte qui leur impose de recruter davantage de collaboratrices dans leurs équipes.

Participations

Shellworks lève pour son alternative au plastique

La jeune société britannique, qui produit des emballages biodégradables sans plastique réunit 13 M€ dans le cadre d’une série A, notamment auprès du français alter equity, afin d’imposer sa solution sur le marché de la cosmétique et de l’agroalimentaire.

Actualites

Exclusif - alter equity signe sa première opération outre-Manche

Misant sur la fin du tout plastique, la société d'investissement prend une participation dans le groupe britannique Shellworks, qui développe des solutions d'emballage durables.

Interviews

« Un fonds d'investissement peut être à la fois rentable et responsable »

Fondée en 2007, Alter Equity est la première société de gestion à impact créée en France. Employant 71% de femmes, elle revendique aujourd'hui 270 millions d'euros sous gestion. Sa fondatrice, Fanny Picard, raconte à L'Agefi comment elle a réussi à monter ce fonds pas tout à fait comme les autres.

Prix et nominations

Prix le Revenu 2026 : les douze femmes qui dirigent la finance

Elles président des groupes du CAC40, pilotent les plus grandes sociétés de gestion et incarnent l'autorité financière. Voici douze femmes françaises qui façonnent aujourd’hui les équilibres du paysage économique.