« Parler de la responsabilité de l’entreprise était considéré comme naïf » : le parcours engagé de Fanny Picard, pionnière de l’investissement responsable

Posté le
1/3/2026

Par Anne-Marie Rocco

Publié le 3 janvier 2026 à 08h00

Un père communiste, une mère libérale, un grand-père gaulliste… Fanny Picard, 57 ans, a bien failli se lancer en politique, en 1995. Investie pour conduire une liste PS aux municipales dans une commune de l’Oise, elle finalement renoncé. « Je me suis rendu compte de la violence portée par cet univers », témoigne-t-elle. Mais cette diplômée de l’Essec et de la Société française des analystes financiers (SFAF) a trouvé un autre moyen de changer le monde : en créant un fonds d’investissement à impact, le premier en France, à une époque où personne n’y croyait.

Fanny Picard affûte son expertise financière chez Wendel, Danone et Rothschild, où elle exerce comme conseil en fusions-acquisitions. Puis elle croise Saïd Hammouche, le fondateur de Mozaïk RH, un cabinet de recrutement inclusif. « J’ai aidé ses équipes à placer des jeunes diplômés issus de la diversité dans la finance, chez BNP Paribas, Axa, d’autres grands groupes et des cabinets d’avocats, raconte-t-elle. Cela m’a procuré une grande joie, que je ne trouvais pas dans les opérations financières auxquelles je consacrais mon activité professionnelle. »

Une autre rencontre, cette fois avec Alain Grandjean, cofondateur de Carbone 4 avec Jean-Marc Jancovici, s’avère décisive. « Il m’a permis de comprendre que l'enjeu du dérèglement climatique était la survie du vivant. »

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« Porter un projet utile au collectif »

Le virage est pris : en 2007, elle crée un fonds pour soutenir des projets prévoyant un plan d’action en Responsabilité sociale et environnementale (RSE).

« La pensée dominante était alors très libérale et parler de la responsabilité de l’entreprise était considéré comme naïf, dit-elle. Depuis, des dirigeants importants se sont engagés dans ce sens et le regard a changé. » Mais pas question de lâcher sur les profits : « J’ai fixé une exigence de rentabilité de 10 % nets dès mon premier fonds ».

S’il lui a fallu attendre six ans, sans rémunération ni cotisations retraite, pour boucler son premier fonds de 40 millions d’euros en 2013, les dossiers arrivent désormais par centaines sur son bureau. Avec plus de 250 millions d’euros investis, Alter Equity a financé 31 start-up, dont certaines cédées avec de belles plus-values, telle OpenAirlines (éco-pilotage des compagnies aériennes). Pour son troisième fonds, Alter Equity se montre encore plus exigeant et impose 12 engagements RSE, dont la féminisation à 30 % du Comex et la désignation d’un responsable de la diversité parmi les dirigeants de la société.

« Il y a une dimension politique dans ce que nous faisons, considère Fanny Picard. Pour moi, la réussite c’est de porter un projet utile au collectif. »

Sa fierté : les 1 200 emplois créés par sa galaxie de start-ups et les 8,9 millions de tonnes de CO2 dont l’émission a été évitée grâce à leur action.

Le conseil de Fanny Picard : « Réfléchissez profondément à ce qui compte pour vous et investissez-vous à fond. Construisez aussi une relation forte avec des personnes plus âgées et expérimentées qui peuvent devenir vos mentors. »

Posté le
1/3/2026

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