Par Anne-Marie Rocco
Challenges — 16 janvier 2025
Pionnière de l'investissement à impact, la société de gestion fondée par Fanny Picard se renforce avec l'arrivée de deux nouvelles recrues. Avec son troisième fonds, Alter Equity impose désormais à ses participations non seulement des exigences environnementales, mais aussi des objectifs de parité.
Pionnier et numéro un européen de l'investissement à impact, Alter Equity annonce, ce 16 janvier, la nomination de deux femmes aguerries dans la finance, Camille Richard et Virginia de Guillebon.
« Ce n'était pas un objectif au départ, mais nous avons désormais 79 % de femmes dans nos équipes ! »
— Fanny Picard, présidente fondatrice d'Alter Equity
Cette société de gestion gère plus de 235 millions d'euros et a financé, depuis sa création, 29 start-up dans le développement durable. Certaines ont depuis été cédées avec de belles plus-values, telle OpenAirlines, société de logiciels spécialisée dans l'éco-pilotage des compagnies aériennes, à l'occasion d'une nouvelle levée de fonds de la société toulousaine réalisée en novembre dernier.
« Nous demandons d'intégrer au minimum 30 % de femmes dans les Comex »
Avec son troisième fonds, dont le premier closing a eu lieu en juillet 2024, Alter Equity fait figurer pour la première fois un objectif de féminisation des équipes dirigeantes.
« Nous demandons désormais à nos participations d'intégrer au minimum 30 % de femmes au sein de leur Comex et de désigner un responsable de la diversité. »
— Fanny Picard
Actuellement, un tiers des entreprises sous gestion d'Alter Equity ont au moins une femme parmi leurs fondateurs, à comparer aux 12,5 % affichés par le Next 40/120, cette sélection de jeunes entreprises prometteuses identifiées par Bercy pour devenir des leaders technologiques.
« Je les accompagnerai pour avancer dans cette direction », promet Camille Richard, qui rejoint Alter Equity comme directrice de l'impact. Cette diplômée de Sciences Po Bordeaux a occupé différents postes chez Suez, en France et en Amérique latine, avant de se mettre au service de Back Market (appareils reconditionnés), l'une des sociétés phares de l'économie circulaire.
« J'interviendrai telle une consultante interne au service des entreprises dans lesquelles nous investissons pour les aider à développer leur impact. Un poste qui, à ma connaissance, n'existe pas dans les autres sociétés d'investissement. »
— Camille Richard, directrice de l'impact chez Alter Equity
« Les dirigeants qui viennent vers nous sont particulièrement engagés »
Le troisième fonds d'Alter Equity impose en effet à ses participations 12 engagements à respecter en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE), notamment en matière de réduction des gaz à effet de serre. Le niveau de rémunération des dirigeants en dépend entièrement : ils ne toucheront aucun bonus (parfois plusieurs centaines de milliers d'euros) en cas de non-respect des objectifs fixés, alors que la plupart du temps, les exigences RSE ne représentent pas plus de 30 % de la rémunération variable des dirigeants, la performance financière primant dans les calculs.
« Les dirigeants qui viennent vers nous sont particulièrement engagés. Ils savent que nous leur demanderons un effort significatif en termes de responsabilité dans leurs pratiques de gestion, tout en étant profitables. »
— Fanny Picard
Virginia de Guillebon, 20 ans dans la finance, dont 10 passés chez Engie et 5 en Asie, arrive quant à elle chez Alter Equity comme directrice des relations investisseurs. Cette diplômée de l'université Paris-Dauphine et de l'Essec aura pour mission de renforcer les liens avec les investisseurs de la vingtaine de participations gérées par Alter Equity, notamment dans le cadre de la levée de fonds en cours.
Alors que les deux premiers fonds de la société avaient atteint respectivement 40,5 millions (en 2015) et 110 millions (en 2020), le troisième est plus ambitieux. Après un premier closing à 85 millions d'euros en juillet dernier, il s'agit de le porter jusqu'à 150 millions d'euros l'été prochain, souligne Virginia de Guillebon, qui œuvrait encore récemment à Shanghaï pour Aden Group (décarbonation des bâtiments).
« Rejoindre Alter Equity est un vrai choix de fond. Les investisseurs seront des acteurs majeurs de la transition environnementale et sociale. »
— Virginia de Guillebon, directrice des relations investisseurs chez Alter Equity
« Certaines activités devront être abandonnées au profit d'autres »
Habitée par cette même conviction, Fanny Picard a fait d'Alter Equity le fonds de référence en matière d'investissement responsable en France et en Europe. Cela n'allait pas de soi. Cette diplômée de l'Essec et de la SFAF, qui a notamment travaillé chez Rothschild, Danone et Wendel avant de créer sa propre structure en 2007, n'a réalisé ses premiers investissements qu'en 2013, après le premier closing de son premier fonds.
Beem (panneaux photovoltaïques), Syroco (optimisation du pilotage des navires de fret), Murfy (réparation de gros électroménager), Innovafeed (alimentation animale et végétale) ou encore Wild Code School (formation aux métiers de l'IA et de la Tech) figurent parmi les pépites dont son équipe accompagne la trajectoire pour créer l'économie de demain.
« Nous sommes convaincus que certaines activités devront être abandonnées au profit d'autres. »
— Fanny Picard
Dans ce nouveau panorama encore difficile à dessiner, une grande partie de la transition passera par la technologie, estime la dirigeante. C'est pourquoi elle se réjouit que le troisième fonds d'Alter Equity ait obtenu, en novembre 2024, le « label Tibi ». Cette initiative lancée par Bercy, dans la foulée d'un rapport de l'économiste Philippe Tibi, a pour vocation de mobiliser les investisseurs vers la tech française afin d'accélérer « la IVe révolution industrielle ». Côtoyant dans ce cénacle les fonds de Raise, Oddo, Ardian ou Amundi, celui de Fanny Picard est bel et bien entré dans la cour des grands.





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