Un changement radical est en train de s'opérer

Posté le
5/3/2011

Qu'est-ce qu'Alter Equity ?

Alter Equity est un fonds d'investissement dont l'ambition est de concilier responsabilité sociale et performance financière. Notre philosophie s'appuie sur la conviction que la recherche de rentabilité est absolument compatible avec une pratique éthique des affaires. Nous investirons des montants de 1 million à 6 millions d'euros dans des PME non cotées, essentiellement françaises, et inscrites dans une dynamique de développement durable.

Qu'entendez-vous par une "dynamique de développement durable" ?

L'idée de base est celle d'un développement qui réponde aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Alter Equity entend investir dans des entreprises capables d'une croissance économique pérenne, et dont l'empreinte sociale ou environnementale est - et sera - positive. Ainsi, en termes de métiers, sont visés, pour l'environnement, les domaines des économies d'énergie, du recyclage, des technologies propres en matière de transport, de bâtiment, de préservation de la biodiversité... Et, sur le plan social, sont privilégiés l'éducation, la culture, le commerce équitable...

Parallèlement, nous accompagnerons ces entreprises dans leur volonté de progrès en matière de responsabilité sociale et environnementale via un business plan extra-financier. Cette approche, inédite en France, constitue un trait distinctif d'Alter Equity : nous sommes le premier fonds d'investissement à l'avoir proposé.

Qu'est-ce exactement qu'un "business-plan extra-financier" ?

Lorsqu'un fonds de private equity, c'est-à-dire spécialisé dans l'apport en capital dans des entreprises non cotées, étudie un investissement, il demande à l'équipe dirigeante un "business-plan financier". C'est un document dans lequel l'entreprise indique ses prévisions d'activité et de rentabilité pour les trois à cinq années à venir par le biais d'indicateurs financiers - qui, comme leur nom l'indique, serviront à mesurer sa performance financière. L'idée, ici, est similaire mais sur des objectifs non financiers, c'est-à-dire sociaux et environnementaux.

La grande innovation, ici, ne réside pas seulement dans le suivi systématique d'indicateurs extra-financiers, mais aussi dans le surcroît de rémunération de l'équipe dirigeante que le fonds consentira si le business plan extra-financier est atteint.

Cela soutient deux objectifs qui me tiennent à coeur : placer le respect de l'homme et de la nature au coeur de la stratégie de l'entreprise. Et aligner la rémunération des équipes sur ces objectifs, tout comme le capitalisme financier aligne la rémunération des dirigeants sur celle des actionnaires.

Affirmer que rentabilité et éthique peuvent coexister ne relève-t-il pas de l'utopie ? Le présupposé dominant veut que valeur morale et valeur économique soient antinomiques...

Certes. Mais, sous la double pression des consommateurs et des salariés, un changement radical est en train de s'opérer - et il s'est accéléré avec la crise de 2008. Un certain nombre d'entreprises l'ont compris et sont en train d'évoluer de façon significative. Le dogme libéral selon lequel la somme des intérêts individuels conduit à l'intérêt collectif, et que la "main invisible du marché" sert l'intérêt général, a fait long feu avec la crise de 2008. Parallèlement, même en social-démocratie, les Etats, endettés, ne peuvent plus assumer seuls leurs missions d'intérêt général.

Le citoyen cherche alors qui pourrait le prendre en charge. S'il est prêt à dépenser un peu plus pour acheter "responsable", il se tourne surtout vers l'entreprise et attend qu'elle mette en place des dynamiques de responsabilité environnementale et sociale. Les sondages attestant ce basculement de l'attente du consommateur - sur lequel il faut insister - sont nombreux. Par exemple, 75 % des Français attendent des entreprises qu'elles fabriquent des produits respectueux de l'environnement. 78 % des Français sont prêts à favoriser les entreprises ayant un comportement intègre du point de vue du développement durable et 76 % à sanctionner celles dont ce n'est pas le cas.

La crise joue-t-elle en faveur de votre projet ou est-elle un obstacle ?

Les deux. La tendance réglementaire actuelle s'inscrit clairement dans le sens d'un renforcement des exigences de fonds propres des banques et des compagnies d'assurances. Ces structures, qui étaient des soutiens importants des marchés actions, s'en retirent. Le nombre d'investisseurs potentiels a, de ce fait, diminué. Mais dans le même temps, le questionnement, tant autour de la pérennité de notre modèle de développement que des modèles alternatifs, s'est développé.

A notre échelle, nous essayons de proposer un modèle innovant, rééquilibrant les gains entre l'actionnaire et les autres parties prenantes de l'entreprise. Certains disent que nous constituons une sorte de version 2.0 de la philanthropie, quand elle est un peu facilement rédemptrice après une richesse créée par tous moyens, sur le modèle Bill Gates. Sans sous-estimer l'utilité de la philanthropie, qui permet des projets absolument formidables, je crois notre démarche de responsabilité globale et systématique plus difficile mais nécessaire pour aboutir aux modèles dont nous avons besoin aujourd'hui.

Qu'entendez-vous par "questionnement autour de la pérennité de notre modèle de développement" ?

Nous sommes aujourd'hui environ 7 milliards d'êtres humains et nous serons 9 milliards en 2050, aspirant à une nourriture et à des modes de consommation du type de ceux des pays riches. Il faudrait trois planètes pour y parvenir. Au rythme actuel, il ne reste déjà plus que vingt années d'extraction de zinc ou de plomb, trente ans de cuivre...

Parallèlement, dans nos pays, la souffrance au travail a beaucoup augmenté. Un récent sondage montrait que plus de 50 % des Français qui travaillent estiment avoir frôlé un burn-out (épuisement au travail). Le système dans lequel nous nous inscrivons a conduit à un risque global élevé, d'un point de vue environnemental, social, économique, entre autres. Nous avons atteint une situation imposant de trouver d'autres modèles économiques.

Vous avez participé à l'équipe de fusions-acquisitions de Rothschild & Cie, et avez été managing director de Wendel. Pourquoi avoir quitté ces postes pour vous lancer dans une aventure quand même risquée ?

L'intérêt général, le sens des responsabilités sont des valeurs au coeur de ma construction personnelle. Je me suis engagée à différentes reprises à ATD Quart Monde, puis aux côtés de Mozaïk RH. C'est une association qui oeuvre pour la promotion de la diversité dans l'entreprise, et dont je préside le comité stratégique. Elle fonctionne comme un cabinet de recrutement pour des jeunes issus de cette diversité. Je les ai aidés à construire une filière stage, et j'ai placé quelque cent jeunes. J'ai trouvé là plus de satisfaction que je n'en avais en conduisant des opérations financières dites "phares" !

Etes-vous optimiste concernant la réaction des marchés financiers face à ce genre d'initiative ?

Notre société de gestion a été créée en 2009 et nous pensons procéder à nos premiers investissements à compter de septembre. Il n'est pas facile aujourd'hui de lancer un fonds d'investissement. Mais les thèmes qui sont les nôtres sont de mieux en mieux entendus. Et c'est une évolution, j'en suis certaine, irréversible. La question est seulement celle du temps et des modalités.

Posté le
5/3/2011

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