Tribune publiée dans Les Echos le 27 mars 2026
La transition énergétique est cruciale pour la souveraineté, la balance commerciale et le climat. L'électrification de l'industrie, de la mobilité et du chauffage doit s'accélérer. La guerre en Iran, qui fait grimper les prix des hydrocarbures, le rappelle. Mais un prix de l'électricité trop élevé ou instable freine investissements et transition. Il est indispensable de revoir son mécanisme de détermination.
Pour les ménages, l'électricité est compétitive face aux énergies fossiles pour le chauffage et la mobilité : l'efficacité des pompes à chaleur ou des véhicules électriques réduit le coût total d'usage. Le différentiel de coût entre énergies bas-carbone et carbonées pourrait être accru, si besoin par des taxes et quotas de CO2. Il est aussi utile d'accompagner les ménages pour qu'ils raisonnent en coût global d'usage.
Dans l'industrie et en particulier pour les secteurs électrosensibles - aluminium, chimie, acier ou hydrogène, mais aussi de nouveaux secteurs très dépendants de l'électricité, comme les gigafactories de batteries - le prix absolu de l'électricité est déterminant.
L'Europe fait face à des concurrents internationaux comme la Chine et les Etats-Unis, où l'électricité industrielle est en moyenne deux à trois fois moins chère, ce qui pèse sur la compétitivité de nos industries, accroît le risque de désindustrialisation et de hausse des émissions mondiales de CO2.
Marché, volatilité et financement
Le prix de l'électricité comprend fourniture, réseaux et taxes, mais la partie la plus volatile reste la fourniture, fixée heure par heure sur le marché de gros. Il reflète à chaque instant le coût de la centrale la plus chère nécessaire à l'équilibre offre demande : nucléaire, renouvelables ou centrales thermiques européennes. Quand le gaz est cher, le prix de l'électricité s'envole ; quand le nucléaire, l'hydro ou le solaire abondent, il chute.
Cette volatilité complique le financement des infrastructures et équipements électriques : le parc nucléaire actuel est largement amorti, mais les nouveaux investissements nécessaires - nucléaire, renouvelables, stockage, réseaux - sont massifs. Le coût moyen de production d'électricité va mécaniquement augmenter.
Ne pas investir dans les renouvelables serait un mauvais calcul : cette stratégie n'est envisagée ni par le gestionnaire de réseau RTE, ni dans la Planification pluriannuelle de l'énergie. Ces investissements sont indispensables pour accélérer l'électrification, car il n'y a pas d'autres sources d'électricité bas-carbone d'ici 2040, et en outre parce qu'ils réduisent les périodes où le gaz détermine son prix.
Pour concilier transition énergétique et compétitivité industrielle, une solution, s'inspirant d'une proposition d'Olivier Lluansi et discutée dans plusieurs pays européens, serait de réserver une part d'électricité bas-carbone à prix bas et stabilisé pour les industries électrosensibles. Cette approche garantirait des conditions compétitives aux secteurs stratégiques, limiterait les fuites de carbone et laisserait le reste du marché absorber le coût.
Au XXIᵉ siècle, l'industrie pourrait se redessiner autour des régions capables de produire une électricité abondante, décarbonée et compétitive. Les territoires qui sauront adapter leur mix bas-carbone et garantir des prix stables aux industries électrosensibles disposeront d'un avantage stratégique.
Le véritable défi n'est plus de produire une électricité aussi bon marché qu'hier. Il est de la rendre plus compétitive que les combustibles fossiles, afin d'accélérer l'électrification tout en finançant les investissements nécessaires au système électrique de demain.
Alain Grandjean est président de The Other Economy.
Fanny Picard est présidente d'Alter Equity.


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