Par Camille Wong
Les Echos - 10 juillet 2024
La société de gestion, née en 2007, annonce une première clôture de son troisième fonds, à 85 millions d'euros. Elle fait partie des pionnières à financer les start-up à impact social et/ou environnemental.
À quelques pas de la place Vendôme, au cœur de Paris, se niche l'un des pionniers des fonds à impact. Dans un espace à mi-chemin entre un appartement et des bureaux, les lieux sont régulièrement le théâtre de rencontres avec des dirigeants de start-up dont la mission se positionne sur un ou plusieurs des objectifs de développement durable (ODD) de l'ONU.
Né en 2007 et actif depuis 2015, Alter Equity fait partie de ceux à avoir eu le nez creux, avant que la vague impact et des greentechs ne commence à déferler sur l'Hexagone. La société de gestion vient de réaliser une première clôture de son troisième fonds, à hauteur de 85 millions d'euros sur un objectif de 150 millions. Une petite prouesse dans un marché du capital-risque chahuté.
« Un certain nombre de gestionnaires d'actifs, notamment parmi les assureurs et mutuelles, ont été pénalisés par la hausse des taux. Le marché a été divisé par deux en taille, avec des fonds qui n'ont pas réussi à lever et continuent de sonder, en même temps que de nouveaux acteurs font leur apparition. »
— Fanny Picard, fondatrice d'Alter Equity
Aucun mot sur les « LPs », les investisseurs du fonds, mais deux chiffres : 20 % de privés et 80 % d'institutionnels. Le véhicule investira des tickets de croissance, allant de 3 à 20 millions d'euros, dans une quinzaine de start-up, qui réalise — en principe — au moins 1 million de chiffre d'affaires. Le fonds vise un rendement net de 15 % environ. Parmi les fleurons de l'impact dans lesquels la société de gestion a investi, on peut citer Ilek (électricité), Murfy (réparation et reconditionnement), ou encore Teale (santé mentale).
« Nous souhaitons continuer à investir dans des entreprises à impact social en plus d'environnemental, malgré la demande de plusieurs LPs de nous concentrer sur le climat. Cette volonté prend un relief particulier après les dernières élections dont les résultats illustrent la souffrance sociale dans notre pays. »
— Fanny Picard, fondatrice d'Alter Equity
Des performances financières à la hauteur
Parmi les plus belles réussites d'Alter Equity, celles d'Innovafeed (protéines d'insectes) avec un taux de rendement interne (TRI) de plus de 400 %, ou encore d'Enviria (solaire) avec un TRI de 75 %. Une transparence assez rare dans l'écosystème des capital-risqueurs.
« Ce n'est pas l'exercice que je préfère, mais il est nécessaire de prouver qu'impact et performance peuvent aller de pair. »
— Fanny Picard
Nécessaire, car les fonds du secteur peuvent encore être perçus comme de la philanthropie de la part des investisseurs, un héritage de la vision très ESS (économie sociale et solidaire) de l'impact.
Des critères extra-financiers exigeants
Au-delà des résultats financiers, Alter Equity se démarque par la définition poussée auprès de ses participations de critères extra-financiers. Les start-up doivent, par exemple, définir un plan d'action extra-financier, réduire leurs émissions ou encore ouvrir leur capital aux salariés qui le souhaitent. Le variable des dirigeants et des directeurs est aussi conditionné à l'atteinte de critères RSE, tout comme la moitié du bonus et du « carried » (part de plus-value) de l'équipe du fonds.
Pour ce troisième véhicule, la société de gestion va plus loin au niveau méthodologique. L'obligation de réaliser un bilan carbone se substitue à celle d'une mesure plus précise en matière de climat, de biodiversité et de ressources non vivantes, développée avec le cabinet Carbone 4.
Un impact mesurable et croissant
Au total, les start-up accompagnées ont permis d'éviter 6,8 millions de tonnes de CO2 depuis le premier investissement du fonds, soit 1,8 % des émissions de la France en 2023. Elles cumulent la création de 1 150 emplois et les équipes sont diverses : 54 % des équipes de direction comptent au moins une personne différente par son genre, son origine et/ou sa situation de handicap.
« On ne peut pas nier qu'il y a un problème de vivier en matière de parité et de diversité, mais nous nous sommes formés à l'absence de biais et avons suivi une fresque de la diversité. »
— Fanny Picard, dont l'équipe de gestion est aux trois quarts féminine
La cheffe d'entreprise et égérie du fonds a passé plus de quinze années à évangéliser l'écosystème autour de l'impact. En 2023, les greentechs étaient d'ailleurs le premier secteur financé en France, et au niveau européen l'énergie et le carbone étaient les thématiques les plus plébiscitées dans les financements.


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