Propos recueillis par Jean-Baptiste Marcy
Gestion de Fortune — N°353, Janvier 2024
Dans la finance à impact, Fanny Picard fait figure de première de cordée. Alter Equity, créée en 2007, fut la première société française de gestion de fonds d'investissement à impact, avec la volonté de concilier investissement et engagement sociétal et environnemental. La fondatrice nous en détaille le positionnement.
Quelle est la genèse d'Alter Equity ?
Ancrée dans une réflexion de longue date sur les moyens de structurer un modèle économique responsable, j'ai essayé de former un modèle en ce sens. À l'époque, en 2007, cela n'existait pas. Le monde des affaires restait dans une vision de la finalité de l'entreprise tendue vers la maximisation des profits à court terme. Les entreprises non cotées, notamment familiales, s'inscrivaient dans une vision plus longue. Un certain nombre d'entre elles, sans l'avoir nécessairement formulé, intégraient une éthique de responsabilité vis-à-vis de leurs clients, de leurs fournisseurs, de leurs salariés, de leurs territoires d'implantation. Mais à l'époque, les investisseurs étaient convaincus du fait qu'agir en responsabilité portait un coût financier. Ce terme était banni dans la finance, sauf dans l'économie sociale et solidaire, mais cette dernière ne s'intéressait qu'au social, pas à l'environnement, et rejetait le rendement financier qui plafonne dans cette classe d'actifs sous les 5 %, plutôt même entre 0 et 2 %.
Si aujourd'hui il est largement admis que la responsabilité est compatible avec le rendement, et même nécessaire à ce dernier, il n'existait pas à l'époque de fonds d'investissement dans le non coté investissant dans des entreprises utiles à la société d'un point de vue à la fois social et environnemental.
Quelles sont les contreparties à vos financements ?
Nous avons été le premier à utiliser le terme de finance à impact, en France et en Europe. Nous avons également été le premier à exiger de nos participations un plan d'action en termes de RSE. Il comporte actuellement dix à quinze critères dont quatre obligatoires : réaliser un bilan carbone, ouvrir son capital à tous les salariés qui le souhaitent, conditionner la partie variable de la rémunération des managers aux résultats RSE, et réaliser un entretien annuel de progrès pour tous les salariés.
Concrètement, comment sélectionnez-vous les entreprises ?
Nous investissons au capital de start-ups réalisant un chiffre d'affaires de 1 M€ à 20 M€ en général. Exceptionnellement, nous pouvons investir dans des entreprises plus petites. Leur activité doit permettre un monde de demain durable d'un point de vue environnemental et plus heureux pour les êtres humains. Elles sont vertueuses, portant une société plus responsable. Au moment de l'investissement, elles ne sont pas toujours rentables et demandent des efforts de structuration, mise en place de comex… Nous les aidons à atteindre la rentabilité, y compris par effet d'échelle d'une croissance forte. La croissance moyenne des entreprises de nos fonds est particulièrement élevée, de plus de 100 % par an pour les plus dynamiques. En 2022, nous avons investi au capital de trois entreprises pour 980 candidatures.
Alter Equity gère actuellement deux fonds pour un total de 150 M€, investissant des montants de 3 à 10 M€ au capital d'entreprises françaises et européennes. Vingt-huit investissements ont déjà été réalisés. Nous nous intéressons aux entreprises dans les métiers de l'intégration par l'emploi et l'éducation, l'énergie renouvelable, l'efficacité énergétique, la collecte et la valorisation de déchets, la mobilité douce, ainsi que le financement de l'agriculture et de l'agro-alimentaire durables. Alter Equity 3P III sera notre troisième fonds, il est en cours de levée. Il liera la rémunération des dirigeants de ses participations à des résultats RSE, y compris en matière d'égalité des chances.
« Le Private Equity génère un rendement élevé entre 10 et 20 %, avec un risque limité quand l'équipe est bien constituée. »
Qui sont les investisseurs de votre fonds ?
Alter Equity est un FCPR. Les investisseurs sont principalement des institutionnels, des family offices et des particuliers. Le ticket d'entrée est en principe à 500 000 €. Nous ne prenons pas de frais d'entrée. Les frais de gestion annuels sont de 2 %, un taux standard dans le private equity. La durée est de dix ans avec des investissements au fil de l'eau. L'avantage du private equity est de générer un rendement élevé, entre 10 et 20 %, avec un risque qui me semble limité quand l'équipe est bien constituée, grâce à la qualité du choix des investissements, à l'accompagnement apporté et au savoir-faire dans la valorisation des cessions. La diversification du fonds sur 10 à 15 lignes contribue également à la limitation du risque. Notre objectif est de rendre à nos investisseurs au moins le double de leur investissement.
Avez-vous des exemples d'entreprises dans lesquelles vous avez investi ?
Zenride propose des vélos électriques en leasing. 74 % des trajets domicile-travail de moins de sept kilomètres se font en voiture en France aujourd'hui. L'idée est de proposer des vélos à 1 € par jour pour le salarié pendant 36 mois avec casque, antivol, assurance vol et casse, assistance, révisions annuelles. Le coût global est de 30 € par mois pour l'employé, et 60 € par mois pour l'entreprise. Et dans un autre registre, nous avons une participation dans l'entreprise Kipli, spécialisée dans la création de mobilier et linge de maison avec une production 100 % responsable en France et en Europe. Leurs productions permettent de revendiquer un impact environnemental faible sans substances nocives. Les matières premières naturelles et écoresponsables sont sourcées au plus proche des ateliers.


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